Appel de l'Université Libre de Bruxelles occupée
I
L'université a toujours été le lieu d'où se pense, s'analyse et se maintient l'ordre d'un monde.
Plus sourdement elle n'a pas cessé d'être un lieu d'où émerge une certaine pensée du désordre, d'où jaillissent des expériences de lutte et de nouveaux rapports au Monde. De nombreuses batailles se sont ainsi livrées en son sein, car elle n'a jamais été séparée du devenir du Monde.
Elle est traversée par les mêmes lignes de tension et les mêmes fractures qui constituent l'ordre social.
II
L'université ne serait pas un lieu si puissant de reproduction du pouvoir si elle n'était pas porteuse d'un mythe, celui de la connaissance en soi, celui du savoir délié du pouvoir, de l'autonomie de la pensée, de la pensée comme contre pouvoir. Aujourd'hui plus que jamais ce mythe est partout réduit en cendres : la spécialisation des secteurs de recherche en fonction des besoins du marché, la transformation du savoir en crédit directement employable comme au sein d'une entreprise. L'idéal humaniste d'une université qui permettrait de vaincre les déterminismes sociaux a pris du plomb dans l'aile. Savoir si ce mythe valait la peine que l'on se batte pour lui, ne peut plus être une question importante. De tout temps, la gauche parlementaire n'a jamais rien pu faire d'autre que de reconstruire cet idéal pour imposer à chaque fois une nouvelle paix sociale. Se défaire de ce mythe c'est attaquer les dispositifs de pouvoir dans leur matérialité partout où ils opèrent. En partant de cette évidence, il n'y a plus à espérer rendre moins pire ce qui advient mais à s'organiser pour empêcher le pire d'advenir sous toutes ses formes. Nous n'avons plus rien à attendre de cette université.
III
« Bologne » n'est pas le nom d'une catastrophe arrivée à l'université qui l'aurait livrée aux entreprises et aux lois du marché mais la forme contemporaine des liens ténus entre le savoir et le réseau des pouvoirs.
C'est la forme la plus aboutie du « nécessaire » rapport entre les subsides et la recherche, les cours et les débouchés, les études et le marché, les consciences et l'économie.
IV
Se batte contre « Bologne » c'est se battre contre le monde qu'elle produit, celui qui la produit. C'est aller au-delà des vaines contestations de la simple réaction, c'est d'emblée dépasser le cadre de l'université.
A partir de là, tout ce qui intensifie les liens entre nos luttes, tout ce qui laisse des traces au delà des frontières, tout ce qui constitue une force apparaît comme stratégique pour subvertir la clôture du présent.
V
Pour que de ces rencontres naissent des liens effectifs,
Pour que s'inventent des affects inédits,
Pour que les convergences s'inscrivent dans une durée,
Il est nécessaire d'habiter un lieu, de donner de l'espace et du temps à l'émergence d'une force, un espace et un temps qui ne soient pas ceux du capital mais celui de son interruption.
VI
Organisons-nous maintenant.
Université Libre de Bruxelles / Contre-sommet de Louvain, le 24 avril 2009.
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