Contre la police de l'art et de la pensée
Ce mercredi 11 février 2009, des étudiant(e)s de Paris VII, Paris I et Paris VIII, jeunes artistes, précaires, etc. ont proposé de créer un nouveau site de visibilité, de débat, de création, et de convergence ouvert dans le mouvement des universités et la grève, pour l'abrogration de la LRU et des réformes des statuts universitaires, à Béton Salon, lieu d'art travaillant en lien avec l'Université de Paris VII, 9 esplanade Pierre Vidal-Naquet dans le 13ème arrondissement à Paris.
Depuis le déménagement de l'université de Paris VII dans le quartier de la Bibliothèque nationale, no man's land gentrifié où se succèdent galerie commerciale et cafétérias pour cadres dynamiques, et où seulement certains codes sociaux et certains modèles de consommation sont autorisés, il ne se trouve plus aucun espace propice à l'élaboration des luttes étudiantes et de désirs de réalisation autres.
Refusant d'emblée l'état des choses telles qu'elles sont, la sectorisation de la ville et de l'université, les étudiant(e)s, jeunes artistes, précaires, occupant(e)s de Béton Salon ont voulu réveiller l'art dans sa dimension du présent.
Peine perdue. A la suite d'une occupation d'un peu moins d'une dizaine d'heures, et presque autant d'une négociation ardue, la police est intervenue pour expulser les occupant(e)s sous prétexte d'un vernissage imminent, et ceci malgré la grève de plus de soixante universités, les centaines de milliers de manifestant(e)s dans la rue, le soutien et la sympathie générale acquise à ce mouvement, la gravité et l'urgence de ses revendications.
Six cars de gardes mobiles ont été dépêchés ainsi que deux bus de la police nationale. La place des Grands moulins (au milieu des locaux de la faculté) a été quadrillée. Tou(te)s les occupant(e)s ont été relâché(e)s à la suite de l'expulsion et d'un contrôle d'identité, dont les cinq personnes emmenées au commissariat du 11e arrondissement pour défaut de papiers sur elles.
Le réflexe sécuritaire n'est pourtant pas intégré à l'art et la création dont les relations avec les mouvements sociaux possèdent une histoire, manifestement inconnue à Béton Salon, dont l'équipe et les artistes présents pour le montage de leur exposition auraient préféré nous voir nous fondre avec le décor.
Ce qui nous inquiète, nous révolte, nous émeut, c'est l'incapacité à répondre au présent, l'incapacité à inventer et réinventer ce que l'art peut et peut vouloir, la difficulté à repenser les rapports du modèle de l'artiste-le curator-le médiateur-la critique-les publics où plus rien ne se vit ni ne s'expérimente.
Malgré ceci, nous, étudiant(e)s, artistes, précaires, etc. avons décidé de poursuivre nos luttes, dans un esprit de fête et de réflexion collective, propre à créer des solidarités et des formes d'action nouvelles.
Contre la police de l'art et de la pensée
Contre l'ordre sécuritaire
En solidarité avec le mouvement des universités et des universitaires
Pour l'abrogation de la LRU.
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