Il y a des dizaines voire des centaines de milliers de personnes...

Contre-conférence - Je voudrais te demander de parler de Global Project et du type de rapport entre action et communication qui y a été développé, comme point de départ d'une approche du travail de Global Project.

Marina Nebbiolo - Global Project est lié à l'expérience de la communication je dirais par les centres sociaux italiens, en particulier les centres sociaux du nord-est, parce que c'est là qu'est né ce projet, et dans la continuité d'une expérience radio, avec Radio Sherwood, qui a trente ans. Donc c'est une radio des mouvements sociaux qui existe depuis les années 70, qui a subit des fermetures en son temps, etc., mais qui continue d'exister et qui lorsque les nouvelles technologies sont entrées dans les pratiques, au bout d'un certain temps, a produit Global Project.
Global Project est un outil politique, qui se sert de la communication, et des nouvelles technologies.
Il y a des équipes de rédaction dans différentes villes d'Italie, je peut citer un certain nombre de villes importantes mais il y a aussi des petites villes de province, du Sud au Nord, c'est à dire, Padoue, Venezia, Vicenza, Bologne, Milan, Alessandria, Firenze, Rome, Naples, Perousa, Ancona... Nous sommes un réseau et il n'y a jamais eu d'open publishing, il y a toujours eu un choix réflexif sur ce que nous produisions. Cela nous donne la possibilité de nous transformer nous-mêmes, d'évoluer au fil des changements et des transformations sociales. La composition sociale de Global Project d'ailleurs reflète, est un miroir de tout ce qu'il y a non pas dans le monde activiste, mais dans la société italienne.
Les correspondants sont parfois des journalistes professionnels de certains quotidiens, qui contribuent, non pas de façon systématique, mais en fonction des arguments ou des sujets, et des activistes, médiactivistes comme on disait il y a quelques temps, et les sujets eux-mêmes des mouvements sociaux, qui interviennent en diffusant leurs enregistrements, productions culturelles, en produisant l'information. Les étudiants, les précaires, les étudiants précaires, ceux qui travaillent, tout le monde participe.
Nous avons bien évidemment des référents, pour des raisons techniques aussi, parce que gérer une équipe de rédaction n'est pas évident.
Il y a également une antenne de Radio Sherwood à Bologne, une autre à Milan, et donc il y a toujours une transversalité entre l'outil radio, via satellite, le streaming, et le site de Global Project.

CC - Tu disait que c'est un projet qui fonctionne par immersion, et qui a une prise de position spécifique avec une certaine façon de concevoir la communication ?

MN - Oui. Ce sont ceux-là mêmes qui interviennent, utilisent la communication, font de la communication, qui sont la communication. C'est à dire que les activistes ne sont pas là pour enregistrer les mobilisations, les initiatives, mais y participent.
On a beaucoup parlé ces jours-ci des actions de démontage des CPT (centres de rétention), et bien là il n'y a pas de journalistes entre guillemets alternatifs, ou médiactivistes, qui iraient sur place, enregistreraient ou prendraient des images puis les diffuseraient, mais ce sont ceux-là mêmes qui gèrent le site, la radio et les équipes de rédaction qui sont actifs sur place.
Ils entrent, occupent, et nous avons des procès et sommes en train de cumuler des années, des siècles de prison ! Et voilà, donc on se met en jeu personnellement, aussi.
Ce que je veux dire par là est que ce n'est pas un engagement tel qu'il existe dans les médias alternatifs, qui consiste à utiliser un outil de communication et à faire de l'information, ça ne s'arrête pas là.

CC - C'est peut-être une conception de la communication comme possibilité de subjectivation, d'action constructive dans un réseau social. Comment comprendre cela par rapport à ce dont on parle lorsqu'on parle de prédominance de la communication ?

MN - Pour nous il n'y a pas de prédominance de la communication, mais c'est l'action politique qui engage la mise en jeu du corps, du sujet, de la personne, qui fait que la personne elle-même devient communication. Ici, les technologies de l'information ne sont que des prothèses. Nous disions alors que nous essayions de synthétiser les pratiques de Global Project que ce n'est pas un surplus de technologie qui donne un surplus de sens mais c'est l'inverse. Jusqu'à présent nous avons pu constater qu'il y a un dynamisme du fait de cette mise en jeu, jusqu'au niveau personnel, qui produit un raisonnement politique.
Et donc il y a forcément du recul, qui n'est pas le recul que peut avoir quelqu'un qui participe à une manifestation en étant là seulement pour en enregistrer les images, et lorsqu'il y a un problème, peut-être se plaint parce que cette caméra peut-être risque d'être cassée. Ce n'est pas ça le problème. Nous ne nous posons pas même le problème des moyens, ou cela va bien au delà, cela dépasse le stade d'avoir un rôle dans la communication. Nous, nous avons un rôle politique. Mais bien évidemment aujourd'hui cela implique de savoir se servir des moyens de communication.

CC - Est-ce qu'on peut dire que cela se situe dans la continuité de ce qui a été expérimenté avec les radios libres des années 70, puis les réseaux des téléstreets, etc. ?

MN - Oui, ça a produit des expériences telles que Global Project, pas seulement Global Project mais je peut parler de cette expérience parce que je vit dans une région où Global Project est prédominant par rapport aux moyens de communication présents. Actuellement en Italie, c'est le site le plus consulté. Global Project est incontournable parce que nous sommes au courant des choses, nous sommes là où les choses se passent.

CC - Nombres d'actions qui sont traitées sont des actions de grande échelle, telles que le campement contre la construction de la base militaire américaine de Vicenza, l'ouverture d'un centre de rétention cet été, le blocage des gares lors de la venue de Bush en Italie.

MN - Comment on s'organise ? Oui, il y a des dizaines voire des centaines de milliers de personnes. Ce sont des initiatives qui sont des événements, qui parfois déclenchent des initiatives, et parfois l'inverse. On va saisir les contradictions politiques et on essaie à partir de ces contradictions de rendre visible l'une ou l'autre des dimensions qui nous préoccupent.
Par exemple, la mobilité. Nous avons fait un travail de revendication de la mobilité, qui est parallèle à la liberté de circulation, dans le cadre du mouvement de revendication des précaires. La mobilité a un coût et c'est donc l'un des droits qui apparaît parmi ces revendications. Il faut bien sûr revendiquer un revenu garanti social etc. car en Italie le Rmi n'existe pas, il n'existe aucun dispositif comparable à celui qui existe en France et le chômage ne concerne que les salariés, donc une problématique qui par rapport au revenu traverse celle de la précarité, est la mobilité, tout comme le droit au logement qui est un autre sujet sur lequel je reviendrais plus tard.
La dernière grande initiative pour le droit à la mobilité, car il y en a eu deux récemment, celle que tu a citée, a eu lieu le 9 juin dernier. Après le G8 en Allemagne à Rotstock, Bush est passé en Italie à Rome. Et bien nous nous sommes donné rendez-vous à Rome.
Nous avons commencé à poser la question deux semaines avant, de comment rejoindre Rome sans dépenser 60 euros par personne. Nous avons essayé de poser la question au niveau national, en interpellant les grands médias, en interpellant les partis gouvernementaux via les grands médias. Actuellement, il y a en Italie un gouvernement soi-disant de gauche, et donc nous avons posé cette question de façon articulée sur plusieurs niveaux, à partir du revenu, de la précarité, du droit de manifester, et de la politique de guerre car le parlement discutait à ce moment là du plan budgétaire et des dépenses de l'état pour 2008.
Parallèlement nous diffusions via nos propres moyens de communication des contenus qui concernaient tout un tas de sujets liés à la mobilité.
Le gouvernement n'a pas su répondre et plutôt que de répondre aux questions, s'est préoccupé d'alimenter la peur : c'était l'assaut des barbares au train et il fallait absolument militariser les gares pour que les voyageurs ne soient pas dérangés par les manifestants qui risquaient d'envahir la capitale.
Bien évidemment, ce n'était pas seulement une manifestation contre Bush, mais c'était une manifestation contre un gouvernement qui venait de voter le financement de la guerre, et donc il y a eu une utilisation de la peur pour nous empêcher d'aller à Rome manifester.
Les réseaux de communication, Global Project, avec l'utilisation de la radio, ont beaucoup joué, et ont permis d'informer des horaires, d'organiser les départs, etc. Tout était visible et affiché, tout le monde savait, la police, la Digo qui est l'équivalent des Renseignements Généraux en Italie, ce que nous allions faire. C'est une pratique que nous utilisons la plupart du temps, nous disons exactement ce que nous faisons, et nous le faisons à visage découvert. Nous avons annoncé que nous allions partir, et c'est tout. Dans les principales villes italiennes, il s'agît au moins d'une cinquantaine de villes dans toute l'Italie, les gens sont allés à la gare à l'aube. Et là tous les moyens de communication étaient bon, pas seulement Global Project, la radio via satellite et Internet, mais aussi parler, communiquer avec les voyageurs, distribuer des tracts, coller des affiches, c'est un moyen que nous utilisons beaucoup pas seulement pour donner rendez-vous mais aussi pour expliquer ce que nous allons faire et pourquoi, de façon à nous faire entendre. Les étudiants et lycéens, se sont par exemple occupés de réaliser une affiche, en faisant des choix graphiques, des dessins, en réfléchissant au contenu, les migrants également, chacun s'adressant à un contexte spécifique pour expliquer ce qui allait se passer dans les gares d'Italie le 9 juin. Lorsque nous sommes arrivés très tôt le matin, nous avons bloqué toute l'Italie. Les chemins de fer ne marchaient plus pendant au moins quatre heures, et à ce moment là ils ont été obligés de nous faire partir.
Nous sommes arrivés à Rome, 150 000 personnes. Il n'y avait bien évidemment aucun partis, rien, la gauche qui voulait protester contre la venue de Bush, représentait 500 personnes venues de toute l'Italie en bus payés par les partis et nous étions 150 000. Bien évidemment il y a eu des problèmes avec la police, des charges etc., et au retour le problème s'est à nouveau posé, parce que 150 000 personnes devaient rentrer chez elles.
Actuellement même si les chemins de fer sont un service public en partie privatisé, il y a des gens de gauche à la régie, des syndicats confédéraux qui soutiennent le gouvernement de gauche, et donc s'est posé le problème du départ, ils ne voulaient pas nous faire partir. Il était minuit, nous étions des dizaines de milliers de gens qui devaient rentrer. Là il y a eu un crash, nous avons dévasté la gare, vraiment dévasté. Rome est une ville particulière, au niveau de la circulation, etc., nous étions dans un quartier très proche de l'autoroute et donc il y avait un vrai danger. Finalement, le ministère de l'intérieur est directement intervenu auprès du ministère des transports et l'a obligé à nous faire repartir parce que cela posait trop de problèmes d'ordre public.
Donc nous sommes repartis, et le lendemain, c'était presque une crise parlementaire et un grand ramdam dans les médias.
Je raconte ces événements dans leur chronologie pour faire entendre le sens que prend l'utilisation des grands médias. C'est nous qui à un moment donné, décidons que c'est utile ou non.
Dans cette situation où le chef de la police de Rome, qui était le chef de la police à Gènes, était face à nous et nous menaçait, alors que son collègue du ministère des transports voulait nous empêcher de repartir, et bien c'était intéressant d'utiliser les médias officiels.
Nous avons joué sur la contradiction interne qui existe entre la gestion de la sécurité, du contrôle et de la répression par le gouvernement, avec le droit de manifester, le droit à la mobilité, et finalement nous étions assez satisfaits.

A Vicenza, il y a une autre façon de communiquer mais l'objectif est le même : mettre en crise le fait que le gouvernement qui a été élu sur un programme, par une grande partie des gens qui sont présents dans ce mouvement, n'a pas tenu ses promesses. Là aussi nous avons utilisé nos propres moyens de communication et les médias officiels, selon le moment, de façon à faire entrer en crise ce gouvernement, qui est seulement là parce que la droite a besoin qu'un gouvernement de gauche fasse ce qu'elle voudrait faire.
La crise de la base militaire de Vicenza a porté un coup très fort à la politique de guerre, et pour nous cette politique inclut aussi celle faite aux migrants, et bien plus encore, parce que c'est l'économie, elle nous inclut tous. Le programme du gouvernement a été de dire, nous allons nous engager à discuter avec la population de Vicenza, qui ne veut pas d'élargissement de la base militaire, et puis finalement ils disent qu'ils ont signé un contrat avec les Etats-Unis, et n'en ont jamais produit de preuve, et n'ont jamais rien produit d'officiel, ni rien de formel, ça n'a jamais été discuté au parlement, et il s'agît de la plus grande base militaire américaine, même si ça ne change pas grand chose qu'elle soit américaine ou autre, en Europe.
A Vicenza, depuis un an maintenant il y a un campement, ouvert jour et nuit. Des gens, des familles, des vieux, toute la population de Vicenza le maintiennent ouvert, le jour, la nuit, et par toutes les saisons. Ils sont très bien organisés, ils se sont dotés d'une radio et d'un site, avec le support logistique des centres sociaux, de Global Project et Radio Sherwood, et sur ce support, gèrent leur communication.

CC - On voit bien que ce type d'action n'implique pas seulement une expérience et une conception des moyens de communication, mais aussi de la façon dont fonctionnent ces échelles collectives, et une réflexion sur la participation de tous. Comment conçoit-tu cette participation ?

MN - Oui, de façon absolument autonome par rapport aux partis et aux syndicats. Par exemple à Vicenza, les habitants, la composition sociale de tous ceux qui participent au comité contre la base, est très diverse, tant au niveau des idées que d'un point de vue culturel, etc. Il y a des gens qui n'ont jamais distribué un tract, qui n'ont jamais parlé à la radio, et qui se retrouvent là à faire des actions vraiment radicales, car bloquer la construction d'une base militaire n'est pas bloquer un train, une gare, et ils sont très déterminés, et la création de ce réseau s'appuie sur le respect des différences. Il n'y a aucune caution, pas de références aux partis, il faut être là en tant que sujet qui participe d'une sorte de communauté qui n'est pas une communauté d'idées, parce qu'on est seulement là pour empêcher la construction de cette base militaire. Il y a une vraie remise en question du système de la représentation, parce que les gens ont décidé et personne ne peut les représenter. C'est une chose qui est passée assez vite, on ne délègue pas, personne ne peut représenter nos droits par rapport au bien commun, par rapport à ces ressources humaines ou matérielles, il n'y a que nous qui pouvons intervenir.

CC - Il y a sans doute une expérience des anti-sommets, avec les constats, les questions que les gens se posées, après les grandes manifestations des anti-sommets, et également, la culture des occupations. Peut-être peut-tu en parler parce que les centres sociaux ont été ouverts par des occupations, qui impliquent un certain rapport avec la ville, la façon d'habiter ?

MN - Oui, nous occupons des espaces, et cela en effet nous structure plus qu'un quelconque concept, et cela implique tout d'abord de se trouver dans un espace où sont confrontées et partagées des expériences. L'histoire des centres sociaux commence par des occupations de lieux, d'un lieu ou plusieurs lieux dans la même ville, avec la possibilité de partager une vie qui soit autre que celle qui nous est proposée au travail, en famille, ou dans la vie sociale ordinaire entre guillemets. Le centre social sert à ça, à créer un espace où le possible est à portée de main, dans la pensée, mais qui surtout peut être réalisé, mis en place. Structurer cette expérience prend un certain temps, car une occupation implique d'entrer en conflit avec les institutions. Mais il n'y a pas que les centres sociaux, au moins deux tiers des gens qui font vivre les centres sociaux occupent aussi des maisons. L'organisation de ces occupations dépend de la morphologie de la ville, puisque toutes les villes sont différentes mais nous occupons des appartements au milieu d'immeubles, HLM, etc. Nous sommes éparpillés, dans différents quartiers, d'habitude populaires, nous sommes mélangés à la population, aux gens, on partage plein de choses, et ça créé des réseaux. Pas seulement de solidarité mais surtout pour se connaître, rencontrer d'autres styles de vie ou des discours qui peut-être dérangent un peu. Les gens découvrent ce qui se passe dans les centres sociaux, refusent peut-être certaines pratiques mais ou bout du compte se rendent compte que ça fait partie du territoire, et de toutes façons sont obligés de se confronter à ça, de se poser des questions. C'est bien parce que ça nous permet, voilà, de créer un réseau, des réseaux où plein de choses peuvent être partagées, peut-être parfois c'est de la musique, parfois c'est du cinéma, parfois c'est des actions politiques, des initiatives, des mobilisations, d'autres fois, c'est la fête, des repas, c'est la vie. Nous ne sommes pas enfermés dans notre centre social.

CC - A Venise puisque tu est à Venise, tu vit dans une maison occupée à Venise, est-ce que ça continue d'être possible malgré la 'gentrification' de la ville ?

MN - Oui, là on a réfléchit au droit au logement, qui n'est pas seulement le droit d'avoir un toit et quatre murs où dormir, où consommer un repas. L'espace habité, par une ou plusieurs personnes ensemble, ou une famille, un couple, des jeunes, des étudiants, etc., est un espace à propos duquel nous sommes passés du terme d'"occupation" à celui d'"auto-assignation".
Si tu a un salaire, qui n'est pas trop bas, tu peut être inscrit sur une liste de demande de HLM. Mais dans la plupart du temps, il n'y a pas de salaire, les salaires sont trop bas, on n'y a pas accès, on a pas le droit d'être inscrits sur ces listes et de déposer une demande de logement même à un coût accessible.
Nous avons donc repéré, et fait tout un travail, réalisé des enquêtes, et c'est pour ça que c'est très utile de connaître le territoire, des appartements abandonnés depuis des années qui normalement devraient être rénovés ou nécessiteraient une réfection générale. Mais la structure de gestion des HLM ne s'en occupe pas et les laisse abandonnés parce qu'après un certain nombre d'années, et avec les nouvelles lois, ils peuvent les vendre en bloc à des sociétés immobilières. L'intérêt pour eux est de garder les appartements qui se vident, de ne pas les restaurer, pour les vendre en blocs à des sociétés privées. Les HLM sont devenues une entreprise comme n'importe quelle autre. Et comme les HLM sont des maisons qui ont été payées par la génération précédente par cotisation sur salaire, nous demandons pourquoi n'avons-nous pas accès aux listes de demande ? Il existe énormément d'appartements abandonnés, et c'est une des raisons pour lesquelles on ne squatte pas des immeubles en entier, c'est finalement plus intéressant de récupérer des appartements éparpillés, pour plusieurs raisons, ce n'est pas un choix fait au hasard, et donc on va s'installer et on les rénove.
Et donc ce n'est pas qu'on occupe, on reste là, on squatte. On paye un loyer minimum symbolique selon le nombre d'habitants, pour bloquer les procès, pour qu'ils soient plus longs, et on donne une contribution pour les avocats, ce que nous faisons aussi pour tout ce qui concerne les mouvements sociaux en général. C'est un dispositif qui permet de gérer les aspects juridiques de ces occupations. Et nous rénovons les appartements selon des critères de bio-architecture et nous occupons de les remettre aux normes, car ils ne respectent souvent plus les normes de sécurité pour l'électricité, le gaz, etc. Donc on parle de ça, on refait l'électricité, le gaz, et puis on fait des interventions structurelles, pour l'économie d'énergie et la qualité de vie, car ces appartements sont souvent occupés par des précaires et travailleurs dits "immatériels" et la maison devient donc un espace de travail. Dans mon cas par exemple, ma maison est un laboratoire, je vit et travaille à la maison, ce n'est pas seulement une maison pour dormir, et tout cela est issu d'un parcours de réflexion et d'expérimentation de pratiques, que nous avons fait ces dix dernières années.
Bien sûr à Venise, c'est une anomalie. Le centre historique de Venise est presque intouchable, on doit faire face à tout ce que cela implique d'intervenir dans des immeubles qui ne sont pas forcément historiques dans un sens muséal, mais on ne peut pas intervenir à Venise, qui est une île sur quatre millions de piliers au milieu de l'eau, comme on peut le faire à Padoue dans des HLM... C'est différent, donc chacun selon la morphologie de la ville décide d'intervenir de façon spécifique, en réseau avec d'autres occupants d'autres villes en Italie, qui travaillent aussi sur le fait d'obtenir une reconnaissance pour cela car nous sommes finalement une ressource, nous faisons de l'expérimentation. Plutôt que de laisser des centaines d'appartements abandonnés, qui posent divers problèmes à ceux qui vivent dans le même immeuble, il est beaucoup plus intéressant que des occupants y soient présents, avec un projet, sur le droit au logement mais aussi avec une réflexion économique au sens large. Bien sûr nous demandons un revenu garanti mais le fait d'occuper un appartement garantit une partie de ce revenu, tout comme la mobilité est une autre facette de cette question.

CC - Ces occupations, dans Venise, qui est une ville musée destinée à être transformée uniquement en site touristique, où plus personne ne vivra sur place, ou de même, le campement contre la base militaire de Vicenza, vont à l'encontre d'un certain type de transformation des villes, de l'environnement, en zones spécialisées, fermées, et qui modalisent un certain type d'économie, enfin, qui représentent un poids financier considérable, et qui sont invivables.

MN - Oui, c'est pour ça que je dit que nous sommes une ressource parce que nous ouvrons des espaces, pas seulement d'occupation et de fête, mais nous initions collectivement une réflexion sur des choix qui concernent la vie dans la ville. Préfère-t'on une base militaire et l'économie qui va avec ou un parc, qui jouxtent des écoles et des habitations ? C'est pour cette raison que tout le monde se sent concerné, il y a une mise en jeu collective, qui ne concerne pas seulement des militants.
Tous ces gens font Global Project, c'est eux, l'audio, les photos, les vidéos, les textes, et puis il y a un travail de visibilisation mais c'est fait, je souligne, par tout le monde.

Nov 2007, Paris.

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