PCCP - Pan Con Cola Producciones

César Portilla et Gabriela Ribadeneira

Notre intérêt pour les Arts Visuels se situe là où nous pouvons reconnaître dans la pratique artistique un potentiel de questionnement ou de subversion de l’ordre donné des choses. De là, l’exercice artistique devrait s’organiser en tant qu’espace de positionnement politique, d’exercice critique et de construction de points de vue. L’art donc, devrait être entendu non seulement en tant qu’espace d'énonciation ou espace de la pensée mais aussi en tant qu’espace de circulation du désir où l’artiste pourrait sortir de ses obsessions et des tréfonds de lui-même.

Si les interlocuteurs immédiats d’une œuvre d’art sont justement ceux qu’on appelle le public de l’art (habitué à chercher et fréquenter les espaces de circulation de l’art) notre travail tente d’installer d’autres types de liens ou de rapports à partir de la notion du local et d’appartenance à un contexte de caractéristiques ou de codes précis. Ce qui devrait s’établir entre l’œuvre et son interlocuteur est une sorte de complicité ou de communication sous-entendue au niveau des affects ou de la mémoire, du corps ou des pulsions, ce qu’on peut appeler de l’ordre du familier ou du proche. Une des caractéristiques qui traverse instamment notre travail, c’est peut-être la mise en scène des pulsions ordinaires agencées par certaines dynamiques (de l’ordre du visuel, du langagier ou du performatif) qui réfléchissent sur le contexte dans lequel les projets ont été conçus.

Visualités, iconographies, dynamiques imaginaires et performances collectives dans la ville. Certains signes, certaines pulsions culturelles qui échappent à la légalité et fonctionnent en tant que stratégies de résistance en subvertissant les processus d’homogénéisation et de globalisation. Moments ou actes d’expression et réformulation de l’espace social où il existerait différents niveaux et différents types de productions culturels qui fonctionnent comme des phénomènes dissidents. PCCP porte attention aux divers usages spontanés de l’espace public, aux processus de socialisation, à la performativité : la réponse par le corps, l’usage corporel de la ville (dans les moyens de transport, dans la rue et autres espaces communs). Les récits, le langage, la culture du compliment, le verlan, l’argot, les sifflements ou les divers types de sources orales (la conversation, le bavardage, la rumeur). Tous ces éléments deviennent une sorte de caractérisation collective locale et devraient être pris en considération comme parts constitutives lors d'une approche de notre travail(1).

Nos projets cherchent à ouvrir une zone de communication ou de négociation entre les pratiques artistiques et l’utilisation de codes, de langages et de stratégies de transmission et de consommation massive de l’information(2). Nous utilisons des formats ou des dispositifs qui nous permettent d'aller à la rencontre du public, d'élargir les frontières traditionnelles de circulation et de consommation de l’art et surtout de donner à l’œuvre une possibilité de s’actualiser hors de l’espace de l’art, en face des non connaisseurs et élargir la réception de certaines œuvres dans des canaux subalternes(3). L’utilisation des nouvelles technologies ouvre une voie d’expression à la « périphérie » qui potentialise et répand un Art avec un positionnement politique et une conception alternative de ce qui est produit dans les centres de pouvoir. La vidéo peut être un élément révolutionnaire aux mains des minorités et des dissidents.

Un des genres et formes d’Art qui se sont développés et qui ont profité des nouvelles technologies est le récit. Le récit est au centre de notre travail ainsi que les langages, supports ou dispositifs qui le permettent. Le récit court est un mode d’expression pratique, dynamique, efficace qui fonctionne aussi comme une alternative à l’industrie médiatique et sa manière systématique de montrer des stéréotypes de la réalité et aux conséquences de la standardisation que nous vivons actuellement, dû au phénomènes de la globalisation. En plus de l’histoire qu’on raconte dans le conteneur récit, des éléments symboliques du contexte sont toujours présents : l’argot par exemple est surtout inventé dans les classes sociales marginales et dans les groupes de délinquants. L’argot est un acte irrévérencieux, un usage mineur qui enrichit la langue officielle en la soumettant à une constante mutation ou à un constant devenir. L’argot, le verlan, l’usage quotidien du langage sert aussi de moyen de lecture et de localisation des zones ou des couches à l’intérieur même d’un contexte, en permettant de déterminer l’âge ou la génération á laquelle appartient un individu, son statut social, il peut même rendre compte de certains types de consommations et d’espaces de circulation habituels de l’usager.

L’humeur est un thermomètre du contexte. Contrairement à la tendance générale de l’humeur légère actuelle des mass media dans le monde, l’humeur noire locale, la plaisanterie nous décrit, nous conte et nous représente. Les rituels du rire et les raisons du rire représentent les différentes facettes du conflit social dans l’entrelacement desquelles ne cessent de se redéfinir les frontières, les conditions de viabilité et la structure de la cohésion sociale.

L’ensemble de notre travail est composé de textes, narrations, dessins, bandes dessinées, spectacles, musique, performances, photographies, stop motions, vidéos. Avec notre groupe de production nous avons mis au point une forme de présentation rythmée et sonorisée ; un slide show, une écriture visuelle à mi-chemin entre la photographie et le cinéma. Certaines projections ont parfois été organisées comme des live shows, des spectacles avec une bande de musique, des narrations en direct conduites par un scénario précis, dans lesquels tout le dispositif prend un sens spécifique déterminant de l’œuvre(5). Ce type de travail met en place des processus productifs d’équipe, la formation de collectifs artistiques en vue de résoudre tant des problèmes au niveau pratique de la production comme au niveau conceptuel en faisant de l’œuvre une conséquence des différents processus créatifs. L’espace de l’art nous permet une reformulation constante des questions qui nous interpellent en tant qu’individus.

César Portilla
Gabriela Ribadeneira

Email : agr_pccp à yahoo.com
Blog : http://pccp-panconcolaproducciones.blogspot.com



(1) Pan Con Cola Producciones, (Pain avec cola Productions), nom qui fait référence au déjeuner des ouvriers en Équateur et qui fonctionne comme une métaphore de la manière de produire nos projets artistiques (low budget) et nos positionnements politiques. PCCP sont : A. Gabriela Ribadeneira et César Portilla.
(2) Les œuvres « El triciclazo », « El Sietemesino », « Walkabout » « Warrior Tour » « Olor a Concha » « Tostados por la Fortuna » cherchent à détecter les formes et les discours non-officiels ou non-institutionnels qui s’insèrent dans le réseau productif de la ville en devenant des espaces créatifs générateurs de culture. Ces œuvres utilisent indistinctement la vidéo, le dessin, la photographie, des images télévisuelles, des images d’archive, etc.
(3) « Warriors tour » est une fausse publicité pour la télévision et l’Internet, qui fait la promotion d'un produit touristique en direction d'un public étranger. En suivant le format du tourisme sportif d’aventure « de sensations extrêmes », on offre aux touristes de « Warriors tour » la participation à des vraies manifestations, grêves et luttes corps à corps contre l’état et les forces de l’ordre. Le projet inclue la création d’un logo institutionnel, d’une publicité TV, de panneaux publicitaire, la fabrication de vêtements, etc.
(4) « Sick of Love », « La ville respire ton absence » et « Time » sont des écrans de veille (économiseurs d’écran) pour les ordinateurs (Screen savers), des vidéos d’une minute en boucle.
(5) « Olor a concha », est notre première œuvre qui utilise ce format et cette logique de spectacle en direct, elle est une parodie de feuilletons télévisés (la telenovela). « El sietemesino » et « Robotín Firmezas » sont aussi des projections de diapositives (photos et photos de dessins) qui ont été montées dans une petite séquence numérique pour faciliter son visionnement. « Un vuelto de cheno » est une projection de diapositives avec une bande musicale jouée en direct.

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