The Malta Experience - Histoire d'une île-prison

The Malta Experience - Histoire d'une île-prison, un documentaire d'Alessandra Sciurba
Vidéo, couleur, 34' - Montage : Béatrice Barzaghi - Production : Melting Pot Europa

"The Malta Experience" est le nom du parcours de découverte des paysages et lieux touristiques de l'île qu'on peut voir affiché partout à La Vallette. Nous avons choisi un autre itinéraire, qu'on ne voit jamais si on est pas capable de regarder.
C'est ainsi que nous avons rencontré les réfugiés politiques dont le discours lucide et les mots courageux nous ont appris leur exaspération face à l'hypocrisie de la rhétorique européenne des droits de l'homme, et le récit vivant et songeur de gamins de dix ans qui ont vécu l'expérience de la détention administrative en développant une extraordinaire stratégie de résistance.
The Malta Experience est donc le titre que nous avons emprunté pour raconter ce que les touristes ordinaires qui débarquent à Malte ne verront jamais. Nous avons raconté cette histoire à travers les images volées des nombreuses prisons pour migrants qui se trouvent sur l'île, en marchant au milieu d'un paysage aride et désolé fréquenté presque exclusivement par des femmes, enfants et hommes d'origine africaine qui errent désoeuvrés et sans pouvoir quitter l'île, nous sommes allés dans les centres "d'accueil" auto-gérés là où tous les migrants arrivent après être passés par l'enfermement de centres de détention qui de plus en plus ressemblent à des zones isolées, des ghettos aux marges de la société, un monde à part.
Nous avons écouté la même histoire, répétée par milles voix différentes, de ces 'voyageurs non autorisés' qui ont accepté de parler de leur vie, surpris que cela puisse intéresser : "Non, je voulais pas arriver à Malte. Ici il n'y a pas de futur", "le bateau était en train de couler, et alors...", "J'aurais voulu arriver en Europe". "Je voudrais un peu de paix, je viens du Darfour", "Je voudrais travailler, rien d'autre", "Les Maltais ne nous aiment pas, il est dangereux de vivre ici"...
Mais le parcours obligé est cruel sans exception pour personne. Tous ceux qui entrent sur l'île de façon "irrégulière" sont mis en prison pendant 18 mois. Enfants, femmes enceintes, demandeurs d'asile potentiels, tous enfermés.
Selon le Règlement n.343 de 2003, c'est à dire pour la "Convention de Dublin II", une personne qui arrive sur l'île peut demander asile seulement à Malte, ce micro-Etat, et si la personne reçoit une protection humanitaire ne peut pas quitter l'île. Si cette personne quitte l'île pour aller dans un autre pays européen elle risque d'être repérée par la police, identifiée par le Système d'information de Schengen (Eurodac) et ramenée à la case de départ : l'île-prison.
Ceux à qui la protection est refusée, sont obligés de rester sur le territoire sans aucune possibilité ou permis de travail et d'envisager une vie digne.
En fin de compte, après une longue période de détention sans aucun réel but, objets d'un traitement inhumain, tous les migrants restent sur le sol maltais.
Il est évident que cette situation assez difficile a exacerbé les esprits de la population locale, d'autant plus que certains politiciens au fort penchant raciste ont exploité la situation pour orchestrer une campagne ouvertement xénophobe, qui rend la vie des migrant plus précaire et dangereuse encore.
Mais notre film, au delà de dénoncer l'attitude du gouvernement maltais et le comportement d'une fraction minoritaire de la population, parle de cet éclatant exemple de chantage de l'Union européenne vis-à-vis des États qui postulent pour l'adhésion à la CEE, processus qui précède l'entrée définitive ; Malte satisfait les requêtes de l'UE, bien sûr avec une marge d'options dans les aspects de gestion des détails.
Ce que Malte applique ces dernières années a mis en évidence la caractère contradictoire et atroce des politiques migratoires européennes, toujours inefficaces par rapport aux objectifs déclarés et toujours parées à être négociés sur les corps vivants et les vies des migrants, elles deviennent la monnaie d'échange qui permet de garantir l'un ou l'autre équilibre politique ou économique.
Probablement cette situation difficilement maîtrisable est en train d'évoluer et bientôt on pourra assister, à un processus hypocrite d'"humanitarisation", une transformation des centres de détention administrative comme c'est le cas pour les CPT en Italie. Peut-être, une élaboration ultérieure des dispositifs de déportation dirigée vers d'autres 'pays tiers sûrs' mais pas du tout sûrs pour le destin des déportés.
Nous avons donc choisi de restituer au présent l'image de cette île-camp qui a accepté de devenir un 'dépôt' sans perspective pour des centaines de personnes et qui assume un rôle indéfini dans le mécanisme progressif de 'clandestinisation' et d'exploitation active des migrants pour toute l'Europe.