Subtextes

La grève humaine dans le champ de l'économie libidinale

Claire Fontaine

La possibilité de tenir ensemble
autonomie et vie affective est une légende
qui n'a pas encore été écrite.
Léa Mélandri, Una visceralità indicibile, 2007

En 1974, Jean-François Lyotard publiait un livre surprenant intitulé Economie libidinale, où il attaquait les simplifications marxistes et freudiennes, et ouvrait une nouvelle perspective sur la connexion entre désirs et lutte. Ce qui commence à s'effondrer à ce moment là, sous l'offensive de deux livres-armes essentiels de Deleuze et Guattari, L'Anti-Oedipe et Mille plateaux, c'est la fétichisation de la conscience comme l'organe qui allait guider la révolution.

La grève humaine a déjà commencé

Claire Fontaine

‘Grève humaine’ désigne le mouvement de révolte le plus générique possible contre toute oppression. Il s’agit d’une grève plus radicale et moins spécifique que la grève générale ou la grève sauvage.

La grève humaine s’attaque à ce qu’il y a d’économique, d’affectif, de sexuel et d’émotionnel dans la position que les sujets occupent. Cela offre une réponse à la question : « Comment devient-on autre chose que ce qu’on est ? » Ce n’est pas un mouvement social même si pendant les soulèvements et les agitations elle peut trouver un terreau fertile pour grandir et se développer, parfois même contre ceux-ci.

Point 11 de l'épilogue du Grand dégoût culturel

Alain Brossat

11.
Art et culture sont bien « la même chose », mais aux conditions d'une absolue hétérogénéité. La culture commence sa carrière au coeur de l'art, là où Éluard enseigne à Char l'art de fabriquer de jolis manuscrits raturés de ses poèmes afin d'améliorer ses revenus, elle la poursuit là où Breton devient collectionneur et marchand de tableaux, elle la parachève quand Dalì devient une marque déposée. Mais ici, plus qu'en toute autre configuration, le même est l'autre.
Une pratique artistique qui ne se pense qu'aux conditions de la culture voit ses propres fins lui échapper. Elle se trouve alignée sur le modèle général de la production ou de la fabrication et du travail. Elle se coupe d'avance de la possibilité de faire événement, de produire des déplacements imprédictibles.

Nous sommes une oeuvre d'art vivante sans droits d'auteur

Nous, jeunes artistes et chercheurs, étudiants à Paris 8, précaires, etc., participants au Forum des droits et libertés, UFRØ, nous sommes invités à déjeuner ce jeudi 11 décembre 2008 avec Mme la Ministre Christine Albanel présente à Paris 8 à l'occasion d'une journée de présentation du projet Grand Paris, initié par Roland Castro de l'ancienne commission Culture & Créativité du mouvement du 22 mars.

Après avoir demandé le silence, nous nous sommes déclarés et avons déclaré l'assistance être une oeuvre d'art vivante sans droits d'auteur, en signe de protestation contre la loi Création et Internet, défendue et portée par le gouvernement et le Ministère de la Culture et de la Communication.

Qu'est-ce que le droit à la vie ?

Alain Brossat

Le droit à la vie est un syntagme assez énigmatique, et qui pourtant connaît une prospérité croissante dans les sociétés contemporaines - en Occident tout particulièrement. Ce n'est pas seulement qu'il figure en bonne place dans un certain nombre de textes fondateurs de l'ordre juridico-politique d'après la Seconde guerre mondiale (Déclaration universelle des Droits de l'Homme, Charte des droits de l'enfance, Charte africaine...), c'est aussi qu'il va de plus de plus fréquemment être appelé à désigner un certain nombre de règles humanitaires auxquelles entendent souscrire inconditionnellement ces sociétés ; ainsi, dans le projet de Constitution européenne, c'est sous ce titre qu'apparaissent la proscription de la peine de mort, celle de torture et des traitements dégradants, celle de l'esclavage.

Il y a des dizaines voire des centaines de milliers de personnes...

Marina Nebbiolo

Contre-conférence : Pouvez-vous nous présenter Global Project, et le type de rapport entre action et communication qui y a été développé, qui serait un point de départ d'une approche du travail de Global Project ? Global Projet est un projet qui fonctionne par immersion dans les mouvements sociaux. Quelle conception de la communication en est-il ressorti ?

Marina Nebbiolo - Global Project a émergé de la cohésion d'une expérience sociale, celle des centres sociaux du nord-est de l'Italie, et de celle des technologies, dans la continuité de l'expérience des radios libres, de Radio Sherwood, née dans les mouvements sociaux des années 70.

Notre subjectivité

Mckenzie Wark

Contre-conférence - Nous avons été très intéressés par vos textes sur les industries culturelles et informationnelles, et le nouvel esprit sécuritaire. Vous y parlez beaucoup de naturalisation de la culture et des technologies. C'est une question dont nous voudrions proposer de discuter ici. Haraway a aussi écrit que la nature était reconstruite par les sciences, qui elles-mêmes relevaient toujours d'une doctrine, d'une idéologie.

Les fantômes collectifs et le féodalisme de la société de l'information

Luther Blissett

L’œuvre pseudonyme est celle de l’auteur « en sa propre personne », moins la signature de son nom ; l’œuvre hétéronyme est celle de l’auteur « hors de sa personne », elle est celle d’une individualité totalement fabriquée par lui, comme le seraient les répliques d’un personnage issu d’une pièce de théâtre quelconque écrite de sa main.
PESSOA Fernando, in revue Presença de décembre 1928, in Sur les hétéronymes, op. cit., p. 9.

Dans les années 90, une certain nombre d'expériences d'usage de nom collectif, tels que l'ont pratiqué les Luther Blissett, avait pour ambition d'enrichir d'une dimension tactique, une pratique de l'anonymat ou de l'hétéronymie déjà largement explorée auparavant par Cravan, Traven, Pessoa ou d'autres.

L'art sans identité d'art

Jean-Claude Moineau

À ne pas confondre avec l’art sans art, l’art sans identité d’art en est comme le dual. Là où l’art sans art est art sans intention d’art, engendré, du moins dans son occurrence la plus canonique, par l’attention d’art que lui porte le « regardeur », l’art sans identité est un art qui procède bien d’une intention d’art mais qui ne requiert aucune attention en tant qu’art, qui « agit » d’autant mieux qu’il n’est pas identifié comme tel.
Alors que l’art sans art est paradigmatiquement un art sans artiste, l’art sans identité est un art sans public qui, tirant les conséquences de l’effondrement de l’espace public qui avait vu historiquement émerger le public au sens moderne du mot, vient modifier en profondeur une nouvelle fois la réception de l’art puisque, au lieu d’exiger une réception artistique, il sollicite une réception non artistique.

Le Théâtre de l'Opprimé est la répétition de la révolution

Julian Boal

Je fait partie du groupe Ambaata qui fait du théâtre de l'Opprimé et qui cherche à construire un mouvement du théâtre de l'Opprimé en France.
Le théâtre de l'Opprimé a été inventé au Brésil dans les années 60 et ce qui est important de savoir est que ce théâtre n'a pas été inventé par un poète dans sa tour d'ivoire, mais a été inventé à un moment de lutte.
Qu'étaient les luttes concrètes de ce moment ? En avril 64 au Brésil avait lieu un coup d'état, et une lutte contre ce coup d'Etat. Une partie de la population prenait part à cette lutte, des artistes également. Parmi ces artistes, celui qui allait être l'inventeur du théâtre de l'Opprimé, et qui allait être mon père par ailleurs, Augusto Boal.