Subtextes
Il y a des dizaines voire des centaines de milliers de personnes...
Contre-conférence - Je voudrais te demander de parler de Global Project et du type de rapport entre action et communication qui y a été développé, comme point de départ d'une approche du travail de Global Project.
Marina Nebbiolo - Global Project est lié à l'expérience de la communication je dirais par les centres sociaux italiens, en particulier les centres sociaux du nord-est, parce que c'est là qu'est né ce projet, et dans la continuité d'une expérience radio, avec Radio Sherwood, qui a trente ans. Donc c'est une radio des mouvements sociaux qui existe depuis les années 70, qui a subit des fermetures en son temps, etc., mais qui continue d'exister et qui lorsque les nouvelles technologies sont entrées dans les pratiques, au bout d'un certain temps, a produit Global Project.
Global Project est un outil politique, qui se sert de la communication, et des nouvelles technologies.
Notre subjectivité
Contre-conférence - Nous étions intéressés par le propos de "Securing Security", qui décrit l'intégration des industries culturelles et du secteur informationnel en un seul secteur, et du processus de sécurisation à tous les niveaux que cela comporte. C'est ce dont nous proposons de parler.
Mckenzie Wark - Ce que je pense est que la culture est devenue un moyen de persuasion, et qui fait passer les technologies et l'économie de ces technologies pour quelque chose de naturel. Prenons l'exemple des DRM (Digital Rights Management), qui veut payer pour la culture ? Personne ne l'a demandé ! Mais il y a une façon dont cela fini par passer pour quelque chose de naturel. Les technologies sont un certain type de pouvoir, et peuvent être en quelque sorte capturées dans une culture qui semble aller d'elle-même mais ce n'est pas le cas. Nous utilisons des téléphones cellulaires, qui ont au départ été conçus pour l'armée pour coordonner des forces mobiles, nous utilisons des caméras vidéo, qui ont été au départ conçues pour détecter des missiles depuis l'espace, etc. La culture devient une simple enveloppe autour de ces technologies, qui n'ont pas été conçues en premier lieu pour les gens.
Scénariser le collectif
Contre-conférence - Nous proposons de parler des relations entre certains de tes projets, solo et collectifs, et la façon dont elles adressent des thématiques de l'identité.
Peut-être, qu'une façon d'aborder ces questions serait de revenir sur des étapes de ton travail ?
Shu Lea Cheang - Dans les années 80, c'était le début de ma carrière d'artiste, j'ai rejoint les collectifs qui utilisaient la télévision sur le cable, la télévision d'accès public, qui étaient les collectifs Paper Tiger TV et Deep Dish TV. Ce sont les deux collectifs dont j'était membre et au sein desquels j'ai travaillé alors à cette époque qui a été celle du média-activisme dans le New-York des années 80.
Par la suite j'ai voulu faire d'autres expériences en tant qu'artiste solo, et ma première exposition personnelle a eu lieu au Queen Museum of American Art. Je ne suis donc pas passée par le circuit des galeries, mais ai été directement exposée au musée.
Dans les années qui ont suivi, je pense que c'était bien d'être à la fois artiste et réalisatrice, donc avec une certaine mobilité, qui est également une mobilité en termes de médiums puisque dans mon travail j'utilisais la vidéo, l'installation, j'ai produit des oeuvres pour le cyberespace, utilisé la réalisation en 35 mm, etc.
Les fantômes collectifs et le féodalisme de la société de l'information
Luther Blissett
L’œuvre pseudonyme est celle de l’auteur « en sa propre personne », moins la signature de son nom ; l’œuvre hétéronyme est celle de l’auteur « hors de sa personne », elle est celle d’une individualité totalement fabriquée par lui, comme le seraient les répliques d’un personnage issu d’une pièce de théâtre quelconque écrite de sa main.
PESSOA Fernando, in revue Presença de décembre 1928, in Sur les hétéronymes, op. cit., p. 9.
Dans les années 90, une certain nombre d'expériences d'usage de nom collectif, tels que l'ont pratiqué les Luther Blissett, avait pour ambition d'enrichir d'une dimension tactique, une pratique de l'anonymat ou de l'hétéronymie déjà largement explorée auparavant par Cravan, Traven, Pessoa ou d'autres.
L'art sans identité d'art
Jean-Claude Moineau
À ne pas confondre avec l’art sans art, l’art sans identité d’art en est comme le dual. Là où l’art sans art est art sans intention d’art, engendré, du moins dans son occurrence la plus canonique, par l’attention d’art que lui porte le « regardeur », l’art sans identité est un art qui procède bien d’une intention d’art mais qui ne requiert aucune attention en tant qu’art, qui « agit » d’autant mieux qu’il n’est pas identifié comme tel.
Alors que l’art sans art est paradigmatiquement un art sans artiste, l’art sans identité est un art sans public qui, tirant les conséquences de l’effondrement de l’espace public qui avait vu historiquement émerger le public au sens moderne du mot, vient modifier en profondeur une nouvelle fois la réception de l’art puisque, au lieu d’exiger une réception artistique, il sollicite une réception non artistique.
PCCP - Pan Con Cola Producciones
César Portilla et Gabriela Ribadeneira
Notre intérêt pour les Arts Visuels se situe là où nous pouvons reconnaître dans la pratique artistique un potentiel de questionnement ou de subversion de l’ordre donné des choses. De là, l’exercice artistique devrait s’organiser en tant qu’espace de positionnement politique, d’exercice critique et de construction de points de vue. L’art donc, devrait être entendu non seulement en tant qu’espace d'énonciation ou espace de la pensée mais aussi en tant qu’espace de circulation du désir où l’artiste pourrait sortir de ses obsessions et des tréfonds de lui-même.
Le Théâtre de l'Opprimé est la répétition de la révolution
Julian Boal, 15/03/2006 Ensba
Je fait partie du groupe Ambaata qui fait du théâtre de l'Opprimé et qui cherche à construire un mouvement du théâtre de l'Opprimé en France.
Le théâtre de l'Opprimé a été inventé au Brésil dans les années 60 et ce qui est important de savoir est que ce théâtre n'a pas été inventé par un poète dans sa tour d'ivoire, mais a été inventé à un moment de lutte.
Qu'étaient les luttes concrètes de ce moment ? En avril 64 au Brésil avait lieu un coup d'état, et une lutte contre ce coup d'Etat. Une partie de la population prenait part à cette lutte, des artistes également. Parmi ces artistes, celui qui allait être l'inventeur du théâtre de l'Opprimé, et qui allait être mon père par ailleurs, Augusto Boal.
Le Théâtre de l'Opprimé
Julian Boal
On m’a rapporté une phrase de Godard où il dit qu’il ne cherche pas tant à faire du cinéma politique qu’à faire politiquement du cinéma.
Je dois avouer que, dans le champ du cinéma, je ne comprends pas trop cette phrase, par contre dans celui du théâtre, c’est à mon avis une illustration parfaite de ce que voudrait le Théâtre de l’Opprimé d’Augusto Boal, mon père. Il ne suffit pas pour Augusto Boal d’aborder un sujet politique pour faire du théâtre politique, encore faut-il radicalement transformer les conventions mêmes du théâtre.
L'attitude qui semble la plus raisonnable face à l'art...
Julian Boal
L’attitude qui semble être la plus raisonnable face à l’art, et a fortiori face à un art qui se veut engagé, politique, militant (1), est une certaine méfiance. L’art partage trop de son champ sémantique, de ses concepts, avec une certaine façon de faire la politique pour être au dessus de tout soupcon aux yeux de celui qui cherche à faire évoluer la société. Charisme, présence, aura, capacité d’exprimer le désir des foules et de les émouvoir: tout ces mots et ces expressions peuvent être utilisés tant pour caractériser l’artiste que pour définir le tyran, tant pour Céline Dion que pour Franco.
Les Mots Sont Importants
Sylvie Tissot, sociologue, membre du collectif Les Mots Sont Importants, Jean-Claude Moineau, théoricien de l'art et enseignant à Paris 8, 13/03/2006, Univ Paris 8
Contre-conférence : Nous voudrions revenir avec vous sur certaines dimensions des événements de l'automne dernier. Novembre dernier était une démonstration du point de vue de la façon dont médias et politiques sécuritaires peuvent fonctionner ensemble, et en dix jours, nous avons assisté à une escalade de déclarations de responsables politiques inimaginables quelques mois auparavant et qui dans le contexte d'intensité médiatique de cette période là sont restées acquises et ont donné le ton des campagnes électorales de 2007.



