Politique des savoirs

Vive l'indisciplinarité ?

Jean-Claude Moineau

Ce que je voudrais faire ici simplement, à l'occasion de ce forum qu'on a titré "Vive l'indisciplinarité !", c'est proposer quelques repères, historiques dans une première partie, et autour de Foucault dans une deuxième partie, le sujet étant la remise en question des disciplines, du mouvement même de disciplinarisation puisqu'il n'y a pas toujours eu de disciplines, les disciplines se sont constituées historiquement. Il n'y a pas de découpage strict des disciplines, il n'y a pas de division entre les disciplines historiquement, pas même de différence véritablement faite entre science et philosophie. Il y a un savoir non différencié, une indisciplinarité déjà, et le problème est de ne pas faire retour à cela lorsqu'on parle d'indisciplinarité aujourd'hui. Qu'en est-il de l'indisciplinarité précédente à l'âge classique et de ce qu'on entendrait par là aujourd'hui ?

C'est pourquoi... (notes du 18 novembre 2009)

‭Béatrice Rettig

‎La disciplinarisation des savoirs est déterminante de qui serait qualifié à prendre la parole et à propos de quoi, plus encore, du mode de relation entre réflexion disciplinaire et vie politique et sociale - et entre théorie et pratique - en même temps que sont élaborées les procédures d'évaluation, de validation, de légitimation, etc. qui leur sont intègres -, autrement dit la production, la division et la hiérarchisation des savoirs serait corrélative de celle de l'organisation des places et des fonctions sociales.

La possibilité d'une recherche politique

David Amalric

Quelques idées et interrogations à l’origine du séminaire sur l'émancipation à l'ENS :

J’aimerais présenter ici une idée assez simple, portant sur la nécessité de construire l’espace d’une recherche politique aujourd’hui, et le rapport qu’une telle recherche entretiendrait tant à l’égard des savoirs disciplinaires qu’à l’égard des pratiques politiques. Et c’est contre une double coupure que cette recherche serait à construire.

1) La première apparaît lorsqu’on plonge dans la réalité actuelle du monde académique : on est alors frappé par la manière dont la recherche y est coupée de toute conséquence pratique ;

Qu’est-ce qu’un mouvement ?

Qu’est-ce qu’un mouvement ?
... et qu’est-ce qu’on peut y faire ?

Chaque année ça recommence. Chaque année de nouvelles lois qui représentent toutes les mêmes logiques nous amènent à nous mobiliser. Parfois on contient un peu le flot, parfois on perd sur toute la ligne, souvent même l’application des réformes est reportée (aux vacances...) ce qui reporte aussi le combat, voire le supprime. Face à cela, allons-nous continuer à faire des mouvements de la même manière chaque année - répéter les mêmes gestes, comme si c’était la première fois ?
Les mouvements ne sont pas, comme on voudrait nous le faire croire, des combats apolitiques motivés par un calcul d’intérêt, qui nous mèneraient, après des manœuvres stratégiques et d’habiles négociations, à un profit, dans des situations qui nous concernent en particulier (en tant qu’étudiant, enseignant, travailleur de telle entreprise, etc...). En pensant les choses de cette manière, on reproduit exactement le schéma dominant: celui d’un individu narcissique, isolé, séparé, qui travaille et qui consomme, qui évalue soigneusement ses intérêts « privés » et laisse la politique aux professionnels dont c’est le métier.

La Vague parfaite

La Vague parfaite. 10 000 contre le G8 dans la zone rouge.
Communiqué 19 Mai 2009-Turin-Italie

La Vague a envahi les rues, et bloqué à nouveau la ville, et montée des manifestations contre le G8 à nouveau porté le conflit des mondes de l'éducation et du travail. A Turin, dix mille étudiants, partis du bâtiment du Block G8, ont décidé de marcher sur le centre, prenant pour cibles les banques et les agences d'intérim, scandant à nouveau que "Nous ne paierons pas votre crise".
La Vague entière a décidé de tenter d'entrer dans la zone rouge, refusant toute contrainte à sa liberté de circuler, pour atteindre le site du sommet des barons des lobbys : nous avons protégé la manifestation des charges et nous dénonçons l'utilisation massive et excessive de gaz lacrymogènes projetés au niveau des yeux contre les étudiants.

Communiqué et déclaration du Contre-sommet de Louvain 2009

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Etudiants de toute l’Europe, nous nous sommes réunis à Bruxelles, Leuven et Louvain-la-neuve depuis le 25 avril 2009 pour débattre à propos du processus de Bologne. Jusqu'à présent, aucun pays n’a tenu de vrai débat public avec les ministres de l’éducation. Le débat n’a pas seulement été refusé, aussi notre liberté d’expression a été réprimée et nous avons été criminalisés à plusieurs occasions. Aujourd’hui, les ministres de l’éducation se réunissent à Louvain-la-neuve, donc nous, étudiants, avons organisé le contre-sommet de Louvain 2009.

Appel de l'Université Libre de Bruxelles occupée

I
L'université a toujours été le lieu d'où se pense, s'analyse et se maintient l'ordre d'un monde.
Plus sourdement elle n'a pas cessé d'être un lieu d'où émerge une certaine pensée du désordre, d'où jaillissent des expériences de lutte et de nouveaux rapports au Monde. De nombreuses batailles se sont ainsi livrées en son sein, car elle n'a jamais été séparée du devenir du Monde.
Elle est traversée par les mêmes lignes de tension et les mêmes fractures qui constituent l'ordre social.

Pour une politique du savoir

Bernard Aspe

La question se pose, à chaque fois qu'il y a un mouvement autour des universités, d'arriver à faire en sorte que ne soit pas laissée hors champ la façon dont est organisé, dont est construit le savoir universitaire lui-même. C'est ce qui me semble fondamentalement en question, et c’est ce dont beaucoup de gens ont parlé ici.
Cette question pourrait être formulée : quel sens peut-on donner à l’expression « politique du savoir » ? Entendue en deux sens qui sont d'une part la place du savoir dans le fonctionnement de ce que certains ont proposé d'appeler le « capitalisme cognitif », centré sur une économie de la connaissance, et d'autre part comment construire ou comment concevoir une image du savoir qui soit irréductible à ce fonctionnement ?

Allons partout où nous ne sommes pas attendus

Peu de lignes dans les journaux, encore moins à la télé, mais la grève dans les facs, c’est plus d'une vingtaine d' universités bloquées en France. De Marseille à Brest, de Strasbourg à Pau, les étudiants ont stoppé les cours et se sont réappropriés leurs locaux. A Rennes 2, ça fait 4 semaines qu’on est en grève. Mais plus que les derniers décrets, c’est toute la politique de l’éducation qu’on veut revoir, et peut-être même celle du gouvernement… Nous avons donc pris le temps et les lieux pour nous organiser.

Nous avons créé Rennes Troie, une fac alternative, pour expérimenter une autre façon de partager le savoir et la grève. On refuse de se voir imposer des savants et autres marchands d’idées prémâchées : les professionnels de la lutte comme les professionnels du savoir. Et chacun est à même d’amener sa pierre à l’édifice, de construire Rennes Troie.

Commencer un mouvement...

Chaque année depuis quelque temps, les étudiants descendent dans la rue, défilent en manifestation, font des AGs, déclarent la grève, contestent des réformes qui participent toutes des mêmes logiques ; aujourd’hui plus que jamais nous devons donc nous interroger sur ce que nous espérons trouver dans un mouvement social.
Nous sommes nombreux à avoir vécu l’expérience des fins de mouvement, où la douleur de la « reprise » ne rendait que plus pressant l’impératif de continuer, et ce en dépit des amères victoires stratégiques, syndicales ou parlementaires. Mais grâce à cette expérience semble précisément s’ouvrir une perspective nouvelle, qui consiste à commencer un mouvement comme si l’on était déjà en train de le continuer

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